Pourquoi tous les sites se ressemblent ?

C’est un peu la question qui revient en ce moment autour de moi, de manière aussi récurrente, quel le constat que peuvent faire les professionnels qui oeuvrent au sein du web. Les dernières évolutions du web n’y sont pas étrangères : HTML5 CSS3 jQuery, RWD…
Le web bouge et c’est tant mieux : site responsive, accessibilité. Je lis à droite et à gauche que le mal, viendrait de ces nouvelles contraintes du web, qui ont tué toutes notions de créativité sur la toile, ou sont passés nos bons vieux sites en flash, magnifiques au demeurant mais tellement pas “user friendly”. Mais plusieurs phénomènes ont convergés pour aboutir au web que nous connaissons aujourd’hui.

Oui avant c’était la jungle, chacun pouvait bricoler son site, c’était un peu l’époque des pionniers lorsque nous faisions des sites à la fin des années 90. Pour les gens de la PAO comme moi qui découvrions le web il y avait tout à inventer mais quelques expérimentations plus tard et après beaucoup d’erreurs on a aujourd’hui des standards sur lesquels s’appuyer pour faire un bon site. Le web ce n’est pas une plaquette en ligne, c’est autre chose, c’est de communication, du marketing, mais c’est avant tout un outil fonctionnel.

Un outil de haute technologie, pour reprendre certains orateurs de “paris web”, ce qui en fait un outil à développer de moins en moins bon marché d’un point de vue technique. Ce produit qui était par le passé artisanal, est devenue industriel, et oui le web est devenue une industrie avec les conséquences inévitables que cela engendre. Vendre des produits bon marché amène a rationaliser et standardiser le process avec comme conséquences d’avoir beaucoup de sites identiques en bout de chaîne. Alors sont arrivés les templates déjà tout fait, les thèmes ou skin prêt à l’emploi, si cela a facilité la vie de concepteur web, et permis de vendre des sites modernes à des coûts raisonnables, cela a contribué a appauvrir la diversité graphique du web, et je ne parle pas de qualité, car les standards, on plutôt améliorés cette dernière tant sur le plan graphique que fonctionnel.

Comme pour l’industrie automobile, on se sert des mêmes chassis, nos frameworks CSS comme twitter bootstrap, devenu incontournable pour produire rapidement. Des aides très précieuses, en terme de temps d’intégration, car les dernières évolutions technologiques offertes aux clients n’ont pas été répercutés sur les devis loin de là, l’opération fut indolore pour notre bonne clientèle, mais si certains proposent de facturer un “management de la qualité” autre idée reprise de “paris web” ce la reste difficile à facturer à des pme-pmi.
D’autant plus que le graphisme et l’intégration sont les parents pauvres de notre métier, vendre des jours développement on sait faire, mais dès qu’il s’agit de création et d’intégration on n’y arrive plus, sans doute un problème culturel comme le souligne certains confrères.
Mais quoi qui l’en soit, faire aujourd’hui un site de A à Z sans assistance de template ou frameworks CSS est devenu une opération vaine, car non rentable.

Dans le fait que les sites se ressemblent, on prend souvent en exemple le “flat design” sur lequel on jette l’anathème et auquel on reproche d’être devenu quasiment un standard graphique, c’est une manière effectivement facile de concilier le responsive, la CSS3 et le graphisme.
Dans ce domaine, il y a les effets de mode qui passe plus ou moins vite, et je lis qu’on ne peut y échapper car même si l’on n’est pas dans cette démarche de reproduire une mode, nos clients vont de toute façon nous demander un site en “flat design”. On peut avoir deux attitudes face au diktat des modes, il y a deux approches : celle d’Apple qui vous dit ce que vous allez aimer et celle des big data qui cherchent à vous connaître pour vous offrir ce que vous aimez déjà, la dernière étant le cas le plus fréquent, car elle évite de ce mettre en danger.

Même si on veut faire plaisir à nos clients et par là faire en sorte de soigner sa relation avec son commanditaire, on peut faire l’effort de le surprendre et de lui proposer un graphisme différenciant en arguant justement que tous le monde à le même site.
Mais là j’essaye de me convaincre aussi, car les habitudes sont têtues et même au sein des agences web, on suit beaucoup les tendances, sans parler des clients qui connaissent parfois mieux votre boulot que vous. Ici je ne veux surtout pas juger de ce qui se fait mais juste donner des faits, la relation client est une chose fragile aujourd’hui.

La création ex nihilo et originale passe par des budgets en correspondance avec le temps nécessaire à l’expérimentation et à la réalisation de modèle de site originale. Même si le secteur du web va plutôt bien avec 822 240 nouveaux sites Internet qui sont mis en ligne chaque jour la concurrence est rude, la nécessité de produire vite dans ce contexte ne peut engendrer que beaucoup de frustration parmi ce qui se sentent des artistes. Mais pour paraphraser Don Draper (le publicitaire) dans “madmen” s’adressant à sa créative : vous n’êtes pas une artiste, vous êtes là pour régler des problèmes. Il y a des jours ou cela est vraie, la double casquette de web designer et d’intégrateur, nécessite que parfois l’artiste doivent laisser la place au technicien pour mener à bien sa mission, c’est la difficulté et le charme de ce métier, concilier les exigences.

Enfin, les choses ne pourront bouger que parce que les jeunes web designer, intégrateur et développeur qui arrivent sur le marché du travail connaissent parfaitement leur discipline mais aussi celle de leur confrères, car malheureusement je le constate avec mes confrères graphistes, le gouffre se creuse, certains s’aventurent dans un milieu qu’il leur ait devenu plus étranger que jamais, mais ils savent bien que le curseur de la communication est sur web. Alors pour ne pas être en reste et répondre à leur client, ils vont s’aventurer dans un jeu dont ils ne connaissent plus les règles. Le fonctionnement des agences en France est en silo, chacun opérant dans son domaine de compétence, alors qu’on n’a jamais eu autant besoin de synergie des équipes, de se parler pour faire avancer le web, pour essayer de s’émanciper du process industriel induit par les nouvelles exigences du web et continuer néanmoins à produire de sites qui ne seront pas des copier-coller.



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